Brexit : peut-être une opportunité pour beaucoup de monde ?

Je ne crois pas au Brexit, dès le début je n’y croyais pas, tout simplement parce que c’est impossible, les conséquences en seraient tellement dramatiques pour l’économie britannique qu’elles en seraient intolérables, on en perçoit d’ailleurs déjà les prémices d’autant que viendrait s’ajouter à ça l’éclatement du Royaume-Uni.

MAIS… et s’il y avait une autre solution ?


« Quitter l’UE ne veut pas dire quitter l’Europe »

Cette phrase, de Boris Johnson, le babouin genre Trump à la sauce Beatles qui conduit la Rolls Foreign Office, est lourde de sens. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, en raison de son comportement eurosceptique, le clown fantasque Boris Johnson est farouchement européen. C’est un original, mais loin d’être stupide, on rappellera quand même qu’il est l’ancien Maire de Londres. Si pour être Maire d’un petit village de savoir écrire peut suffire, il en va tout autrement de la « City », de la première ville financière d’Europe, dans le peloton de tête mondial.

Tout babouin soit-il, il y a quand même un cerveau sous ce crâne à la crinière Beatles.

Et Theresa May, successeure de l’imbuvable David Cameron, farouche eurosceptique de toujours, avait combattu à ses côtés contre le Brexit, mais est aujourd’hui en charge de l’appliquer, avec le surnom de « Dame de Faire ».

Une authentique sauce anglaise, so british, mais pas si dénuée de sens en fait, voyons pourquoi.

Une opportunité de récupérer la finance (mondiale)

La City, en l’état actuel des choses, est un clou dans le pied de l’Union. La finance et les entreprises s’en vont à la « City » pour profiter du libéralisme débridé ambiant avec une fiscalité plus confortable.  Les charognards sont déjà sur les rangs pour dépecer la bête. La France, bien sûr, qui compte bien exploiter les avantages considérables du Grand Paris, quitte à faire des concessions, notamment fiscales, mais aussi l’Italie, l’Allemagne et deux ou trois autres qui espèrent leur part du butin.

Bien sûr, pris comme ça, moralement c’est discutable, mais en réalité, l’Europe a d’autres clous dans le pied, bien plus gênants, parce que hors d’influence, comme le Panama, Singapour, les Caïmans, etc… Tous ces paradis fiscaux dont la seule influence possible est d’installer des mesures de rétorsion, dont ils se fichent éperdument, d’autres étant ravis de travailler avec eux. Tout ce qui tombe dans l’escarcelle de ces pays peut être considéré comme perdu pour notre économie. Or, il se trouve que le Royaume-Uni envisage de devenir un paradis fiscal, pour compenser les effets désastreux du Brexit.

Donc, d’un côté, la City pourrait perdre la finance européenne ainsi que beaucoup d’entreprises, pour qui l’intégration européenne est bien plus cruciale que les avantages fiscaux… mais pourrait récupérer les entreprises et la finance planqués au bout du monde, des systèmes planqués là-bas parce qu’il n’existe pas chez nous ce qu’ils attendent.

Et, petit rappel, « de quitter l’UE ne veut pas dire quitter l’Europe ».

Vous voyez où je veux en venir ? Encore faut-il trouver un accord et là, des solutions existent et il se pourrait bien qu’elles trottent dans la petite tête de la forte et rusée Dame de Faire qui envisage déjà de renforcer le Commonwealth qui offre le double avantage de représenter tout-de-même 2.3 milliards d’habitants, près du tiers de la planète, dans 53 pays et d’être présent sur tous les continents. Et, justement, j’en parlais à mes charmants voisins, des écossais qui ont acquis il y a 16 ans une superbe demeure vigneronne de style empire austro-hongrois qui domine son coteau et la vallée. Bien qu’ils ne parlent quasiment pas le français, ils sont donc plus béarnais que moi, qui n’y suis que depuis un peu plus de 6 ans. Farouchement pro-UE, ils sont estomaqués par le Brexit, qui a entraîné une grosse baisse de la Livre, dure à encaisser pour des pensionnés. Leur vie n’a eu de cesse de baisser depuis qu’ils sont arrivés, alors que l’Euro n’était pas encore en vigueur. Et eux pensent que Theresa May a une idée derrière la tête.

Le Royaume-Uni n’est pas seul à songer à quitter l’UE

Bien sûr, le Brexit fait des émules et exacerbe les populistes exaltés par la nouvelle et gagnent des points. Mais il ne s’agit pas de ceux-là, mais de ceux qui ont de vraies raisons de vouloir quitter l’UE, avec de vraies opportunités sous certaines conditions.

  • Les Pays-Bas : voilà belle lurette qu’ils songent à un référendum. Si ça pétouille, c’est parce que la Hollande vit principalement de ses échanges avec l’UE. Le pays est surpeuplé (450 h/km², trois fois la France) et a besoin des avantages qu’apportent les importations alimentaires massives de l’UE. Une sortie doit donc être posément réfléchie, préparée, organisée, non pas avec l’UE, mais avec les opportunités existantes. Le pays rêve de quitter l’UE pour limiter l’immigration, comme l’essentiel des brexiters au Royaume-Uni. Mais les raisons pratiques existent aussi si le Royaume-Uni est en-dehors de l’UE. Il faut savoir que les Pays-Bas sont la première destination d’émigration des britanniques. Les liens entre les deux nations sont très forts.
  • La Suède, qui est un proche partenaire du Royaume-Uni de toujours, considérée comme le pendant slave de la Grande-Bretagne. Comme elle, elle bénéfice d’un opting-out et n’a ainsi pas adopté l’Euro. La position de la Suède, qui a introduit un système économique libéral après sa quasi-faillite à la fin des années 90, était tenable en raison même de ses liens avec la Grande-Bretagne, qui faisait un peu figure de « grande soeur ». Si le Royaume-Uni sort, la Suède devrait logiquement faire de même pour éviter de se retrouver isolée au sein de l’UE.
  • La Finlande, qui aime vraiment l’Europe, mais se retrouve en situation économique difficile après la crise monétaire de l’Euro et, surtout, les sanctions contre la Russie, son ennemi de toujours, sur lequel repose une grosse part de son économie. Ainsi, la Finlande ressent de plein fouet ces absurdes sanctions économiques qui ne visent qu’à faire retomber le rideau de fer pour une nouvelle guerre froide. Alliée proche, très proche, de la Suède et de la Norvège, son intérêt serait de sortir tranquillement pour adapter son économie morose et nouer de nouvelles alliances fructueuses tant avec ses alliés qu’avec l’Europe, tout s’extrayant de la contrainte des sanctions contre la Russie.
  • Le Danemark, qui est dans l’UE, mais n’a adopté que le Contrat Unique. De fait, il a l’Euro, mais nommé Couronne danoise et sous le contrôle de sa banque centrale, contrainte à le maintenir à parité avec l’Euro dans une fourchette de 5%. L’économie danoise repose essentiellement sur ses échanges avec l’UE, mais dispose de la ressource du Groenland, bientôt exploitable avec le réchauffement climatique et il est en train d’investir dans sa ressource minière pour assurer son indépendance, que le Danemark pourrait exploiter en développant de nouveaux échanges. En outre, il est très proche de l’Islande et ami intime de longue date du Royaume-Uni avec qui il s’entend mieux que bien.
  • La Norvège, qui n’est pas dans l’UE mais bénéficie d’un système bilatéral similaire à celui de la Suisse, plus intégrée que la Suisse, mais moins que le Royaume-Uni aujourd’hui. Et si elle est farouchement européenne, elle n’apprécie pas trop son type de relation avec l’Union. Aujourd’hui, à l’instar de la Suisse, la Norvège, pays du pétrole (dont la rente touche par conséquent à sa fin), va se retrouver contrainte d’adhérer à l’UE dès 2020, 2025 au plus tard. Le Brexit pourrait lui éviter cette contrainte et lui offrir l’opportunité de conserver l’Europe sans adhérer à l’UE.
  • La Suisse, qui bénéficie des Bilatérales II depuis 99, grâce auxquelles son industrie, essentiellement horlogère et microtechnique, sinistrée, a redémarré. La situation a toutefois considérablement depuis la crise de 2008 où l’UE, financièrement exsangue, s’est attaquée au secret bancaire helvétique qui a fini par s’estomper, en tous cas pour la clientèle de l’UE, l’essentiel des banques suisses. De l’autre côté, le président chinois qui mène une lutte acharnée contre la corruption, dont les petits cadeaux sont précisément des montres suisses, pour ne pas attirer l’attention, bilan : une baisse des ventes du secteur horloger de près de 10%. Là-dessus vient s’ajouter l’abandon de la parité Franc-Euro par la BNS, qui n’avait plus les moyens d’acheter de l’Or pour maintenir le Franc au niveau, qui s’est alors envolé, devenant une valeur refuge et même spéculative à un moment donné. Une montre à 1700$ se retrouvant à 2400$, ça fait la différence et là encore une nouvelle chute des ventes. La Suisse va donc connaître la crise économique, dès 2017 et se retrouver contrainte à court terme à envisager l’adhésion à l’UE, ce qui induira un nouveau lot de contraintes en échange du nouveau souffle. Les suisses et les britanniques s’entendent très bien. Ce sont les anglais qui ont initié le tourisme dans les Alpes suisses à la fin du XIXème siècle.
  • L’Islande, qui cherche à se rapprocher de l’UE, mais ne souhaite pas adhérer à l’UE et trouverait là encore un palliatif.

Tous ces pays (excepté la Suisse) sont au Nord et en se rassemblant pourraient bénéficier de leur propre zone de libre-échange, allant jusqu’à l’Australie, exaltée par la proposition de renforcer le Commonwealth après sa visite récente, le Canada et l’Inde qui l’a accueillie avec un tapis rouge et se réjouit du retour du Royaume-Uni sur son sol en tant que partenaire économique garant de son indépendance.

Une Europe à 2 vitesses

Depuis longtemps envisagée par divers économistes, comme alternative au refus systématique de solidarité sur les dettes nationales par l’Allemagne, avec une Europe du Nord, l’Allemagne et les autres pays riches et une Europe du Sud, la France avec les pays pauvres, mais posant le problème de la BCE, qui se trouve en Allemagne. Cette Europe à deux vitesses pourrait en réalité voir le jour de facto sans nécessairement que le couple franco-allemand se retrouve distendu. D’autant que l’Allemagne récupérant une part de la finance de la City, qui ne manquera pas d’aller s’établir à Francfort et Berlin et également des échanges avec le Grand Paris renforcé. Et ça sans perdre le lien avec la zone Nord qui va attirer un max de capitaux rapatriés du monde entier si le RU offre les mêmes avantages et les mêmes garanties que les grands paradis fiscaux mondiaux actuels.

Le Brexit deviendrait alors un moyen de lutte contre la finance de l’ombre tout en permettant sa continuation. Au lieu qu’elle coûte à l’Europe par la fuite de capitaux qu’elle représente, elle lui rapporterait par la capacité d’investissement rentrant au bercail. Les sommes en jeu sont tellement énormes que 10% de la masse représenteraient déjà de quoi renforcer la position occidentale sur l’échiquier du monde.

En outre, l’Ecosse et l’Irlande n’auraient plus à envisager de quitter le Royaume-Uni, puisque sans être intégrés à l’UE, ils y seraient de facto.

Un gain considérable également pour l’Euro, qui pourrait être adopté comme monnaie alternative par cette nouvelle entité économique, lui renforçant son statut de monnaie de change.

Voilà qui laisse grande latitude à l’UE pour négocier avec ses partenaires et amis historiques et donc de calmer le débat pour entrer dans une période d’investigation des opportunités plus sereine, ce que Hollande semblait déjà avoir acquis, après la visite de Theresa May qui l’a  manifestement convaincu.

 

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