Conséquences du Brexit : le scénario du pire est-il possible ?

Les conséquences du Brexit sont nombreuses pour les anglais comme pour les européens. Certains pensent en tirer des avantages, comme l’Inde, qui s’attend à ce que le Royaume-Uni réactive le Commonwealth, ou la France, qui se réjouit d’accueillir les financiers en déguerpissement de la city, mais ce sont plus des exutoires qu’autre chose,  d’autres s’inquiètent — à juste titre — d’une contagion

Les conséquences possibles sont bien plus larges, bien bien plus larges… jusqu’à l’absurde si le Brexit se produisait. 


Un pseudo référendum

Tout d’abord, il faut comprendre qu’il n’a pas force de loi, le décret d’application ne le mentionnant pas, c’est un référendum consultatif, le gouvernement peut donc le soumettre au Parlement qui le valide ou l’invalide.

Mais la loi britannique dit aussi qu’une pétition réunissant plus de 100’000 signatures contraint le Parlement à entrer en matière, que le gouvernement l’ait demandé ou pas. Or là, la pétition pour un nouveau référendum, sur le site du Parlement, à l’instant où j’écris ces lignes, comporte près de 3’700’000 signatures (!!) Autant dire que le Parlement va s’en emparer et va se retrouver confronté à la réalité qui choque toute la planète et ce alors même que dès le lendemain des tas de votants regrettent d’avoir voté pour le Brexit, pensant juste sanctionner l’Europe. Si on ajoute à cela la crédulité des pro-Brexit, soumis aux populismes que Nigel Farage pour lesquels Nigel Farage a d’ores-et-déjà été contraint de reconnaître ses mensonges. Si on met en cerise le fait que ce sont les vieux qui ont voté Brexit et que les jeunes, qui eux ont leur avenir à réaliser, ont non seulement massivement voté remain, mais en plus sont scandalisés et apeurés par ce qui vient de se passer et en veulent aux anciens de leur sale coup consistant à brûler la terre qui leur a tant apporter pour les empêcher d’y construire leur vie. Tous ces éléments cumulés, il va être difficile de considérer que cette mascarade est représentative de la volonté des britanniques.

Dans le cas d’une élection, si la population, soumise aux populismes, vote pour un candidat à la légère, ce n’est pas la peine de revenir dessus, ça lui fera les pieds. Mais là, il s’agit d’un enjeu crucial pour l’avenir du pays et du monde.

Les conséquences pour le Royaume-Uni

C’est évidemment l’entité britannique dans son ensemble qui paie le plus lourd tribut.

Tout d’abord, le Royaume-Uni va disparaître, à terme, avec le vote inévitable des écossais et leur sortie pour rester dans l’UE. Ceci sachant que l’Irlande pourrait faire de même. L’une des principales requête Google du moment étant d’ailleurs la recherche d’informations pour obtenir la nationalité irlandaise, les anglais comptant sur l’Irlande pour sortir du Royaume-Uni et rester dans l’UE.

Ensuite, suite à la crise de 2008 le pays s’est retrouvé très fortement désindustrialisé, brutalement. Il a alors forcé le trait sur la finance, proposant aux sociétés financières des conditions royales au pays de Sa Majesté pour leur établissement. L’ultralibéralisme ambiant, permettant quasiment tout et n’importe quoi dans un abominable capitalisme débridé ont attiré les plus grands noms de la planète et suscité un engouement pour les startups. Avec le Brexit, c’est 100’000 emplois déjà annoncés qui seront perdus dans le secteur, les acteurs s’étant déclarés prêts à s’en aller pour Paris ou Francfort ou Berlin, libérant des dizaines de milliers de logements, qui feront s’effondrer les loyers, engendrant la faillite de milliers de propriétaires.

Enfin, il y a l’industrie qui n’a pas été détruite dans le crash de 2008, avec certaines belles implantations, comme New Holland, Caterpillar, Jaguar Land Rover, Rolls-Royce, etc…

Si la Grande-Bretagne quitte l’UE, toutes ces productions, destinées essentiellement au marché européen, vont se retrouver taxées, entraînant une hausse des prix d’au moins 5%. Caterpillar, dont la marque est déjà haut-de-gamme, donc chère, ne pourrait supporter une telle hausse de prix, favorisant ses concurrents. Jaguar Land Rover, déjà chère, verrait les allemands en profiter pour s’engouffrer dans la brèche et les concurrencer sur ses secteurs.

Plus grave, Rolls-Royce, dont les réacteurs équipent les Airbus les mettrait en difficulté, d’autant que certaines parties des avions sont produites en Grande-Bretagne. Airbus se verrait alors contraint, pour ne pas se faire souffler le marché, de rapatrier les fabrications anglaises sur le continent et se passer des réacteurs Rolls-Royce, sauf exigence du client, moyennant supplément.

Ce ne sont là que les conséquences évidentes. Il y en a d’autres, comme l’effondrement prévisible de la Livre.

Quand nous sommes arrivés dans le Sud-Ouest, il y avait des anglais partout, ils avaient tout acheté. A l’époque, ils pavoisaient, la Livre étant à 2€50. De petits retraités pouvaient alors se permettre d’avoir des résidences secondaires dans le Sud de la France et menaient grand train. On les voyait dans toutes les entreprises de matériaux, les magasins de bricolage, les prix des ruines avaient monté et nous avons payé la nôtre très cher pour cette raison. 6 ans plus tard, alors que la Livre a perdu au moins le tiers de sa valeur, toutes les maisons sont de nouveaux abandonnées, parfois avec voiture et bétonnières devant et plus trace d’anglais. Ils n’ont même plsu les moyens de venir liquider leurs acquisitions.

Aujourd’hui, il y a des centaines de milliers de retraités anglais qui vivent en France. Ils ont acheté qui la petite maison bretonne traditionnelle, qui la belle ferme toulousaine sur 15 hectares… et là, leur retraite vient de perdre près de 15% d’un coup. Imaginez, vous vivez avec 1500€ de retraite, ce qui n’est déjà pas énorme et, tout-à-coup, vous savez que dès  le mois prochain vous n’aurez plus que 1’300€… 200€ passent à la trappe… 200€ ce n’est rien, mais quand vous ne les avez pas, vous ne les avez pas.

Royaume-Désuni

George Osborne, le Ministre des Finances britannique, vient de s’exprimer, dans une magnifique démonstration de la Méthode Coué en affirmant que ce n’était qu’une question de temps mais que l’économie britannique pourrait supporter le choc.

Les conséquences pour le reste du monde

Pour l’Europe, passé les avantages, comme l’immobilier de prestige parisien qui va prendre l’ascenseur, grâce aux financiers qui auront libéré leur logement à Londres pour venir profiter du Grand Paris, les conséquences pourraient être positives en profitant de l’opportunité pour prendre conscience de l’état de l’UE et la réformer enfin. Je n’y crois pas plus que ça, tant la tâche est compliquée. La volonté n’y suffira peut-être pas.

Mais, surtout, il y a le risque de contagion… et là, si la France ou l’Allemagne votaient et sortaient de l’UE, ce serait le glas de l’Union européenne. Les conséquences en seraient fâcheuses et sonneraient la fin de la récréation pour la civilisation occidentale dominante. Raison pour laquelle Obama est littéralement en état de panique face au Brexit, parce que la civilisation occidentale, c’est aussi les Etats-Unis, même toute l’Amérique du Nord et, désormais, le Mexique. Les sondages indiquent que les français sont conscients du problème et voteraient en faveur de l’UE, mais sait-on jamais. Avec la démocratie directe, comme on peut le voir en Suisse où c’est l’UDC, un FN++, ultrapopuliste et ultrariche, qui est au pouvoir, c’est le plus démago, le plus simpliste le plus populiste le plus riche qui l’emporte, vu la longueur des débats sur un tel sujet, cela revient à donner du temps aux populistes, il y a de fortes chances que l’opinion s’inverse.

C’est que le Royaume-Uni, c’est aussi le Commonwealth, qui offre à l’Europe une zone d’influence considérable. Le premier territoire maritime du monde, c’est les Etats-Unis, le second, c’est la France, le troisième, c’est le Commonwealth. Partout où nous allons sur cette planète, nous sommes soit en Amérique, soit en France, soit en Angleterre. En perdant le Royaume-Uni, l’UE et, au-delà, l’Occident, un partenaire très influent. Mais, si le Royaume-Uni éclate, il y a bien des chances pour que le Commonwealth, qui repose sur la pierre angulaire qu’est le Royaume-Uni, s’éteigne avec lui.

Le monde actuel est fait d’influences

Comme je l’expliquais dans mes articles sur le TTIP/TAFTA, le monde actuel ne fonctionne plus que par la guerre, mais plutôt par l’économie. Il s’agit de zones d’influences. Alors qu’au moment de la fondation de l’UE nous dominions le monde, les chinois vivaient dans des huttes à Shangaï ou des sampans sur le Mékong, les africains vivaient en tribus et bouffaient encore les explorateurs, aujourd’hui, il est question de BRICS, d’ASEAN, d’UA, d’UNASUR, les nouveaux puissants face auxquels l’Occident, comprenez l’Europe, l’Australie et l’Amérique du Nord, nous ne représentons que moins de 20% de la population mondiale.

Et ces nations s’entendent mieux entre elles qu’avec nous, leurs anciens maîtres. Bien sûr, nous possédons des éléments de modération, comme l’Inde, qui occupe un statut à part, membre du Commonwealth, auquel elle tient et n’appréciant pas trop les chinois, mais sa taille démographique et son poids économique la font appartenir à son propre bloc, avec sa propre influence. L’Inde fait partie de ceux que l’on drague pas que l’on combat.

Ainsi, si l’UE éclate, nous nous retrouverons isolés, pays par pays, comme à la bonne vieille époque où nous nous foutions sur la gueule tous les trente ans, ce qui redeviendra le seul moyen d’asseoir notre influence, les uns sur les autres.

Il existe deux moyens d’asseoir son influence, les armes et l’économie. Nous avons connu les armes durant des millénaires de civilisation et grâce à leur complexification, elles sont devenues si dangereuses que dans un effort guidé par la terreur, nous sommes parvenus à instaurer un monde de guerre économique. Ce n’est pas forcément moins douloureux, mais c’est moins dangereux et quand même moins abominable. En plus ça a sorti l’idée de violence de la population. Il y a encore quelques siècles, en Europe, on mesurait la valeur d’un homme à sa vaillance guerrière. Aujourd’hui, c’est à sa bienveillance et de tenir un propos guerrier est mal vu.

Avec la fin de l’UE, les grandes puissances n’auront plus comme interlocuteur la première puissance économique mondiale, mais des pays, dont les intérêts des uns marchent sur les intérêts des autres. Chaque avantage qui n’est pas arraché au profit de son propre peuple bénéficie à un autre, qui le renforce et nous affaiblit, c’est un monde de compétition.

Et les populismes consistant à soutenir qu’il faut détruire cette UE pour la reconstruire comme nous la voulons sont ridicules, parce qu’aujourd’hui nous ne parvenons pas à la réformer, il n’y a donc rien qui laisse supposer que nous parvenions à la reconstruire si elle est détruite. Et ce d’autant que nos concurrents ne nous laisseraient pas faire, ils s’engouffreraient dans la brèche pour nous empêcher de nous réunir afin de nous exploiter économiquement de manière divisée, ce qui leur est évidemment beaucoup plus favorable.

Je ne crois pas au Brexit

Ce pseudo référendum, cette ridicule mascarade, qui n’a absolument rien de démocratique, puisque nous savons que s’il y avait un nouveau vote c’est le remain qui passerait, indiscutablement, induisant que l’actuel vote ne représente pas la volonté du peuple britannique, n’est pas valide. Le Parlement ne peut qu’être conscient des enjeux et profiter de l’opporunité d’entrer en matière qui lui est faite grâce à la pétition en ligne qui a pris encore plusieurs dizaines de milliers de signatures le temps que j’écrive ce texte pour tout simplement l’invalider. Un député a d’ailleurs d’ores-et-déjà interpellé ses confrères en qualifiant cette gabegie de « folie » en leur disant qu’il leur était possible de l’arrêter.

Non, je ne crois pas que le Brexit se produise. Tout n’est pas joué et je ne crois pas que ce référendum que les jeunes réfutent à plus de 70% passera.

Vive l’Europe, unie, en paix, prospère.

 

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