La moralisation de la vie politique prend le mauvais chemin

La moralisation de la vie politique est une nécessité indubitable, mais pas au prix de la démocratie, telle qu’envisagée aujourd’hui. J’explique d’abord longuement pourquoi et ensuite je fais quelques propositions concrètes pour démontrer que d’autres voies sont possibles.

François Bayrou promet un débat public, que j’anticipe ici et que je partagerai ensuite sur mon espace, faisant ainsi un peu de pub à Democras au passage (de rien, je vous en prie, c’est gratuit, du moins pour le moment).

Les mesures proposées vont toutes dans le même sens : elles visent à permettre à la seule oligarchie d’accéder au pouvoir et de s’y maintenir en empêchant autant que faire se peut l’accès des nouveaux et toute évolution positive autre que celle perçue comme telle par eux. Ce n’est ni plus ni moins que le système qui s’organise, par des mesures populistes profitant de la bêtise populaire, sous les applaudissements. Je n’ai lu AUCUNE mesure qui trouve grâce à mes yeux.

« Concrètement, pour avoir le statut de parti politique et donc son financement, il faudra présenter aux législatives en métropole “100 candidats ayant obtenu chacun 2,5 % des suffrages exprimés”. »

Oui, ils ont raison, seuls les oligarques doivent pouvoir agir, les petits doivent fermer leur grande gueule. Après tout, en fonction de quoi ceux qui auraient éventuellement quelque chose à dire devraient-ils pouvoir le faire ?

Je ne sais pas pour vous, mais selon moi, la première des moralisations de la vie politique devrait être de faciliter l’accès des nouveaux pour qu’ils puissent donner leurs idées.

 « la liste des personnes physiques dont les dons à des partis excéderont les 25 000 euros sera rendue publique. »

Oui, ils ont raison, seuls ceux qui ont la capacité de s’organiser entre eux pour diluer leurs dons afin de rester en-dessous de la limite doivent pouvoir faire des dons en restant anonymes, de sorte que les petits aient de la peine à trouver des donateurs.

Concrètement, c’est simple, il suffit d’avoir des amis ou de la famille, de s’organiser en réseau, pour diluer les dons.

 « Le texte prévoit aussi de limiter à trois le nombre de mandats parlementaires successifs, pour éviter les baronnies. »

Ca, c’est LA mesure la plus concrètement anti-démocratique. La démocratie la plus élémentaire c’est l’absence totale de limitation des mandats. C’est le peuple qui décide et seulement lui. Pour info, la Suisse, si souvent reprise en exemple, ne connaît strictement aucune limitation. Ni dans les Conseils d’Etat, ni au Conseil National, ni au Conseil Fédéral. Quand le peuple en a marre d’un politique, il le vire.

Mais, plus grave, cette disposition compromet toute opportunité d’avancée sociétale. C’est très regrettable, parce que toutes les grandes avancées, que ce soit au niveau municipal, régional, national, sont toutes consécutives de bien plus de mandats que ça, parfois d’une vie entière d’activisme intense.

Exemples :

  • Peine de mort
  • Droit de vote des femmes
  • Egalité des sexes
  • IVG
  • Contraception
  • Mariage gay
  • Fin du vote censitaire
  • Etc.

Aucune de ces avancées n’aurait vu le jour en 3 mandats et même bien plus pour certaines.

Ca a été le travail acharné d’un homme seul, puis deux, puis trois. On propose, on se fait railler, on explique, finalement on est écouté, puis entendu, on propose une loi, rejetée, amendée. Vidée de sa substance on la retire, on explique pourquoi, on convainc, on remet la loi au vote, elle est rejetée, mais moins largement, moins amendée, mieux acceptée, comme elle n’est toujours pas conforme à ce qu’elle doit être on la retire, on continue le travail…

En limitant à 3 mandats, loin de stimuler le renouveau et la créativité, on compromet donc purement et simplement toute possibilité d’évolution puisque certaines de ces avancées ont nécessité des décennies de travail pour certaines d’entre elles, trente ans, voir 40 ans de travail de lobbyisme, de négociations parlementaires, à convaincre, expliquer, diffuser, instiller l’idée.

En limitant à 3 mandats, il n’y a pour ainsi plus aucune évolution positive qui passera, c’est aussi simple que ça.

Je pense qu’il y a d’autres moyens de réguler l’élection, par exemple en imposant que pour que la candidature soit valide, il y ait au moins deux challengers dans la circonscription. Hors de question de candidater si on est seul candidat, quitte à ce que la circonscription soit sous tutelle le temps qu’elle trouve ses candidats.

« la suppression de la fameuse “réserve parlementaire”, qui consiste à “attribuer à des associations et à des collectivités des subventions prélevées sur les budgets ministériels”. »

Oui, moi j’ai connu plusieurs exemples, comme Juppé qui a financé une maternelle dans son lieu de villégiature, un joli village médiéval que j’aime beaucoup, c’est scandaleux. Ca s’est passé comme ça : Alain Juppé était en vacances dans ce charmant petit village médiéval, très isolé, construit sur un promontoire rocheux. Le maire s’est avancé et lui a expliqué qu’il avait besoin de 20’000€ pour rénover la maternelle, une somme difficile à justifier administrativement vu le nombre d’enfants. Alors Juppé a simplement fait un chèque de 20’000€ sur sa Réserve Parlementaire.

Non, concrètement, un député doit disposer d’une latitude de gestion, d’influence, de financement. Qu’il soit scandaleux que certains aient financé leur logement parisien ou leur résidence secondaire, c’est un fait, mais outre le fait que cette disposition ne les inquiète pas, ils ont abusé et en jouissent librement alors même que c’était déjà illégal à l’époque. En réalité elle ne fait que contraindre les députés à ne plus pouvoir bouger, à leurs seules limites au sein du Parlement. Alors que la Réserve Parlementaire donne des moyens d’influence extérieurs au seul parlementarisme, soumis aux lobbys. Elle permet au parlementaire de s’extraire des lobbys, qui en finançant une campagne d’affichage d’une association, qui en finançant un plan de circulation d’une petite commune qu’il pourra ensuite exploiter en argument.

« l’interdiction stricte des emplois familiaux parmi les assistants parlementaires. Cette mesure concernera aussi les cabinets et groupes politiques des collectivités territoriales. “Je prône une interdiction absolue des emplois familiaux y compris dans les cabinets” »

Oui, alors ça par contre, cette loi, c’est honteux, être obligé de devoir faire embaucher sa famille par des collègues… chose que, une fois de plus, les éventuels petits candidats ne pourront jamais faire puisqu’ils sont par définition isolés. Les oligarques pourront tranquillou faire bénéficier des avantages de leur position à leurs proches, simplement ce sera indirectement, un échange de bon procédés, tu embauches ma fille, j’embauche ton cousin, les petits eux ne pourront pas.

En vérité cette loi est surtout populiste, elle vise à faire considérer que le fait d’embaucher un proche relève du népotisme et que de l’interdire le prévient. Et ce alors même que de faire bénéficier ses proches de sa position relève de l’ascenseur social et que de travailler avec quelqu’un qui nous connaît bien et en qui nous avons confiance est un avantage. Si j’étais député, j’aimerais pouvoir embaucher ma femme ou mon enfant. Ca ne pose aucun problème si le poste est réel et réaliste.

D’autres dispositions posent problème, comme le casier judiciaire vierge.

« La République en marche a imposé à tous les candidats que le mouvement a investi d’avoir un casier vierge. Une disposition qui devrait être étendue, par la nouvelle loi, à tous les candidats aux élections. »

Pour info, Pepe Mujica, l’ex-président de l’Uruguay, que les français ont tellement jalousé qu’il faisait quasiment la une de tous les médias toutes les semaines… n’aurait jamais pu être élu, lui qui était un ancien trafiquant de drogue qui a fait de très longues peines de prison avant de s’amender.

…Une absurdité donc. L’humanisme se bâtit sur l’expérience et c’est parfois chez les condamnés et les repentis que l’on trouvera les gens les plus honnêtes.

En outre, je ne suis pas convaincu qu’une inscription pour ivresse au volant, même pour meurtre dans une rixe, par exemple, soit véritablement contraire aux intérêts de la République. Il suffit de se souvenir que le dernier duel n’est pas si ancien. Il y a seulement 50 ans Gaston Deferre et René Ribière se la faisaient au mouchet, d’authentiques criminels donc au casier judiciaire chargé.

Un élu ça doit être VIVANT ! (Ou mort dans un duel si il veut, mais de son vivant, il n’a pas à être un grabon) .

François Bayrou préconise une « banque de la démocratie », une banque dont le rôle serait de financer les partis politiques.

A priori, sous l’angle populiste, c’est une bonne idée. Mais cette proposition repose sur le fait qu’il ne serait pas normal que les banques disposent de la liberté d’intervention sur la vie politique en décidant de qui est financé de qui ne l’est pas.

Alors qu’en soi la démocratie voudrait que les banques en fassent partie et puissent librement choisir qui elles financent. Le fait qu’une banque ne finance pas le FN parce que cela ternirait son image relève clairement de la démocratie, le problème ne provient pas de la banque, mais de ce qu’est le FN, s’il veut être financé, qu’il change pour devenir démocratiquement acceptable. Si vous voulez être facho, soyez-le, mais ne vous attendez pas à ce que vous soyez accueillis par la société à bras ouverts. Que le FN mette au pouvoir dans une banque un président issu de ses rangs, il refusera de financer les socialistes mais financera le FN. Il perdra des clients, mais tous les membres du FN iront chez lui et la banque deviendra la banque des nazis si ça lui chante.

Mais en aucun cas quiconque n’a à décréter que sous prétexte qu’un parti rassemble des candidats il a droit au financement. La démocratie ce n’est pas juste une dictature du nombre, c’est un ensemble de choses, de circonstances.

Mais où le bât blesse vraiment, c’est dans les contraintes pour accéder à cette banque, qui font qu’il faut avoir le statut de « parti politique ». Déjà, en soi, ça signifie qu’un candidat isolé, sans étiquette, n’a pas accès au financement de sa campagne et ce quel que soit son succès. Question démocratie, je m’excuse, mais vous repasserez.

Mais, surtout, pour atteindre ce fameux « statut de parti politique », il faut présenter au moins 100 candidats en France métropolitaine et rassembler 2.5% des voix.

Rendez-vous compte de ce que ça représente… C’EST UN DELIRE ! Déjà le seuil de 1% est selon moi difficile à atteindre, même s’il nous a débarrassés des populistes de l’UPR.

Selon moi, un candidat qui réunirait X signatures en pétition publique devrait se voir sa campagne financée, par exemple 50’000. C’est ainsi le peuple qui décide de qui il voudrait voir se présenter.

PROPOSITIONS :

  • Je ne dis pas qu’il ne faut pas une limite inférieure, un seuil de déclenchement aux droits, mais si quelqu’un obtenait par exemple une pétition avec 50’000 signatures, je pense qu’il serait normal qu’il ait le droit d’être financé.
  • Aucune limitation de mandats d’aucune sorte. Par contre, on pourrait par exemple imaginer qu’il ne soit pas possible de se présenter s’il n’y a pas au moins deux challengers valides dans la circonscription. C’est-à-dire des gens dépassant le seuil ou ayant réuni 50’000 signatures.
  • Introduire un autre mode de scrutin serait bien plus pertinent. Tout d’abord la reconnaissance du vote blanc et l’introduction du jugement majoritaire.
  • Dans toutes les propositions, on ne voit par exemple pas de « Tribunal d’audit moral ». Un tribunal qui pourrait être constitué pour moitié de pairs de celui qui serait jugé et pour moitié de gens du public, tirés au sort, comme des jurés. Le concerné serait déféré devant le tribunal sur pétition publique avec un minimum de voix à déterminer. Ainsi, tout agissement semblant contraire aux bonnes mœurs pourrait donner lieu à une pétition initiée par n’importe qui, le faisant en son nom, personne morale ou privée, publiquement et si la pétition atteint le seuil, le tribunal est constitué et juge le comportement incriminé, ce qui amène à un Code de la bonne conduite par les jurisprudences engendrées, qui déterminent conformément aux tendances culturelles ce qui est moral de ce qui ne l’est pas (et les choses changent avec le temps. Aujourd’hui il est immoral d’allaiter à l’Assemblée ou de s’y présenter avec une petite robe à fleurs, demain on peut espérer que ce soit normal).
  • L’embauche des assistants parlementaires devrait être effectuée non pas par les députés eux-mêmes, mais par un bureau central, chargé de l’établissement des contrats. Ainsi, même s’il veut embaucher sa femme ou son fils, il en avise le bureau central, qui lui établi le contrat, conformément aux dispositions communes qu’il reste à établir, de sorte que tous sont servis de la même manière.
  • Enfin, le bonus, qui tient plus à démontrer qu’il est possible de faire preuve de créativité en termes de gouvernement. Nous avons un quinquennat présidentiel. Pourquoi ne pas avoir 5 présidents ? Et chaque année nous remplaçons un sortant, soit il est réélu, soit il est perdant. Chaque année le « Conseil Présidentiel » change d’un individu. Ainsi toutes les tendances peuvent y être confondues, le chef des armées n’est plus un homme seul, il faut l’assentiment d’au moins trois pour initier un combat. Et grâce à internet et la Blockchain, ce n’est pas bien difficile de consulter annuellement le peuple, d’autant qu’on peut donner un délai à chacun. Tout un chacun pourrait avoir un mois pour choisir le nom du remplaçant du président sortant et à la fin on fait le bilan.

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