Le QI ne baisse pas, il évolue avec la révolution numérique

Imaginez que vous ayez une très grosse machine électrique à alimenter. Au début du 20ème siècle vous auriez installé un énorme interrupteur, avec des contacts énormes et un levier gigantesque que seul un gros costaud pourrait manipuler. Après un siècle d’évolution, vous remplacez l’interrupteur par un énorme relais, dont la bobine est commandée par un petit bouton. Vous pressez le petit bouton, qui alimente la bobine du relais qui plaque aussitôt les contacts faisant démarrer la machine.

Maintenant vous imaginez que vous remplacez la force du gros costaud qui actionne le gigantesque levier au début du 20ème siècle par le QI et vous remplacez le petit bouton qui actionne le gros relais par un terminal informatique, votre ordinateur ou smartphone ou tout autre objet connecté interagissant avec le réseau…

J’entends dire tous les jours que le QI est en baisse

Ce à quoi je réponds que non, il est en hausse, c’est juste les instruments de mesure qui sont inadaptés, ne prenant pas en compte l’interactivité du réseau. Désormais, le système cognitif d’un individu ne s’arrête plus à l’os de son crâne, mais il se prolonge sur le reste du monde via son terminal. Et alors l’individu peut être soit très intelligent, soit très bête selon ce qu’il fait de cette puissance.

C’est que d’accéder au réseau ne demande que peu d’intelligence, peu de capacité mentale. Si nécessaire, en adaptant le terminal qui devient alors une véritable prothèse à une déficience mentale ou une faiblesse intellectuelle extrême. L’intelligence artificielle en plein déploiement peut –ou pourra—même se substituer aux commandes de l’individu par simple déduction rendant l’interaction si intuitive qu’elle permette à absolument n’importe qui, quel que soit son état physique ou mental, du moment que la conscience fonctionne, d’accéder à l’ensemble de la connaissance et de la compréhension.

Le DQ Institute invente le « Quotient Digital »

« DQ Institute », portant les initiales de son invention, nous apporte indirectement les premiers paramètres d’une nouvelle approche de l’intelligence. Nous avons là les prémices de la prise de conscience de cet état de fait. Le DQ Institute a mis de manière très pertinente en exergue les conséquences, négatives ou positives, de l’interconnexion. Son instrument de mesure consistant à analyser le niveau d’exposition négatif. Plus les incidences négatives sur l’individu observé sont faibles, plus le « quotient digital » est élevé. Ce qui induit l’étape suivante, consistant en ce que, plus l’individu est-il d’autant potentiellement en mesure d’en retirer des interactions positives, qui peuvent être très larges : socialisation, connaissance, information, divertissement…

Ce « QD » n’est donc pas à proprement parler un instrument de mesure du QI, il est plutôt un nouveau paramètre de mesure du QI qui doit être pris en compte lors de tests de mesure de l’intelligence. Pour la première fois dans l’histoire un idiot peut être plus intelligent qu’un génie si ce génie n’est pas connecté ou exploite mal le potentiel de sa connexion. Un imbécile qui interagit de manière large et pertinente avec le monde grâce au réseau devient possiblement un génie.

Le réseau « externalise » l’intelligence

Le réseau peut servir de prothèse à un mental déficient ou limité parce que d’exploiter la force cognitive que représente le réseau ne nécessite pas beaucoup d’intelligence, il suffit de savoir presser le petit bouton du gros relais, pour reprendre l’illustration du début, surtout si assisté par un dispositif logiciel intuitif. D’avoir trop d’intelligence est même désormais un handicap en l’absence de l’ouverture indispensable pour bien l’appréhender dans toute son ampleur.

Hier, l’intelligence consistait en la capacité cognitive intrinsèque à l’individu. Ce n’est pas par détermination qu’il en allait ainsi, mais juste que la technologie ne permettait pas de faire autrement. Il n’existait pas de réseau des réseaux interconnectant de facto les individus qui pour s’interconnecter s’organisaient entre eux, par l’érection de temples de la connaissance, comme les bibliothèques ou les universités ou tout simplement les cercles d’amis. Chaque individu était non pas un terminal, mais un mini réseau à lui tout seul, sa capacité intellectuelle étant alors limitée à ce qu’il contenait en lui-même. Et c’était l’interaction de ces entités éparses qui ne se rencontraient qu’au gré de l’organisation qu’ils étaient parvenus à installer qui induisait l’intelligence sociale. Avec des incidences vitales à tous les niveaux puisqu’alors cette condition contraignait l’existence des uns et des autres. L’érudit interagissait en séminaires, conférences au sommet, dans son propre monde. Le vulgus se retrouvant confiné à l’interaction avec ceux de sa qualité. Créant des ravins d’inégalité infranchissables entre l’élite et la masse, les premiers ayant le pouvoir, les idées et la richesse, les seconds, le travail.

La fin de l’inégalité

On a alors tenté de combler le fossé entre l’élite et la masse en jetant des passerelles sociales en offrant à tous l’éducation, l’accès à la culture, la démocratie et par le développement technologique qui rétablit enfin l’équilibre. L’érudit peut sombrer, enfermé, dans sa bulle de connaissances, désormais très limitées et le mortel commun peut s’élever, accédant au savoir de l’humanité d’un simple relais qui active une énorme machine.

Désormais chaque entité n’est plus un mini-réseau individuel, mais un simple groupe de synapses, terminal dont le potentiel vient s’ajouter comme un neurone à tous les autres. Avant le réseau qui permet l’interconnexion de n’importe quel individu dans le monde, chaque intelligence se confrontait aux autres. Aujourd’hui, alors que, sur Facebook, n’importe qui dans le monde est à 3.5 personnes de n’importe qui  dans le monde, le petit africain inculte est à 3.5 personnes de Bill Gates, le russe d’extrême-droite le plus xénophobe et anti-américain est à 3.5 personnes de Barack Obama, le plus petit socialiste inconnu est à 3.5 personnes de Donald Trump, désormais les intelligences s’additionnent.

Ainsi, à terme, les élites ne pourront plus se maintenir érigées au sommet, puisque chaque individu est potentiellement capable de s’élever, par ses propres capacités, qui viennent augmentées de celles de tous les autres s’il les exploite.

Il faut adapter l’instrument de mesure du QI

Dès lors, fatalement, de mesurer le QI des individus avec des instruments dont les versions les plus récentes sont très antérieures à internet, au mieux les années 80, c’est comme mesurer le temps avec un sablier ou une clepsydre ou arpenter le terrain pour établir un cadastre avec une corde à nœuds.

Si on accepte l’idée qu’une fraction de la ressource cognitive et intellectuelle des individus est désormais consacrée à l’interaction sociale sur le réseau, à la maîtrise de ce réseau, qu’elle n’est dès lors plus disponible pour la réflexion directe, on comprend alors que, forcément, le quotient intellectuel mesuré avec ces outils obsolètes ne peut qu’être réduit puisqu’il ne mesurent pas cette fraction qui est alors considérée comme perdue. Pour mesurer le QI, il faut donc des outils qui prennent en considération la capacité de l’individu à interagir pour obtenir de quoi répondre à une question donnée. Si l’individu peine à un test psychotechnique en raison d’une déficience de projection spatiale, mais qu’il compense par sa capacité à trouver un site web qui réponde à sa place, le résultat sera aussi exact que s’il avait répondu lui-même, avec la différence que le test pourrait être beaucoup plus complexe et qu’il pourrait y répondre tout aussi facilement, ce qui lui aurait peut-être été tout bonnement inaccessible auparavant. Cet individu est donc bel et bien plus intelligent, sa cognition s’est étendue au réseau.

Et c’est valable pour tout, le réseau peut palier à une orthographe déficiente, résoudre des divisions à 1 million de décimales, rappeler ou apprendre comment on calcule le volume d’une sphère ou la surface d’un quadrilatère irrégulier. Le QI doit donc intégrer dans ses outils de mesure ce fameux « Quotient Digital » qui mesure aussi bien la soumission de l’individu à son instrument, son autonomie sans lui, que sa capacité à exploiter le potentiel du réseau pour s’y projeter, pour y étendre son système cognitif et devenir lui-même une simple terminaison synaptique qui réfléchira non pas avec les autres mais au sein de l’ensemble.

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