Non, une monnaie faible ne profite pas à l’économie !

BFM Business publie un article qui tente d’expliquer pourquoi l’Euro faible ne bénéficie pas vraiment à notre économie, avec quelques points que je nuancerai ici. 


Un argument eurosceptique primaire et absurde

Depuis le temps que je le dis, en particulier face aux disciples des sectes politiques comme l’UPR ou le FN qui soutiennent que l’Euro est ce qui nous empêche de vivre et que sans lui on pourrait dévaluer le franc pour redonner de la compétitivité à nos entreprises. Mais le calcul [monnaie basse = moins cher à l’export] est ridicule, surtout dans un pays sans matière première qui importe tout, parce que si [monnaie faible = prix des matières premières élevés].

Une monnaie faible ne favorise pas même l’export à terme

Un Euro faible n’est pas favorable même à l’export, ce n’est qu’un effet de stock. Une fois les stocks épuisés les fabricants doivent produire à partir de matières premières payées plus cher.

Par conséquent, la théorie en milieu d’article précisant que plus rien n’est produit dans l’hexagone est également absurde, parce qu’avec un Euro faible, si l’hexagone produisait toujours ces produits, non seulement il devrait les vendre plus cher pour payer ses importations de matières premières, mais en plus il aurait plus de peine à exporter puisque affectant les échanges économiques avec ses partenaires clients.

Comme je le dis toujours, pour faire des affaires, c’est comme pour faire l’amour ou la guerre, il faut être au moins deux. Ca signifie que si on veut vendre nos productions high tech, il faut que nos clients aient les moyens de les acheter et pour cela, il faut que ce soit eux qui fabriquent nos produits économiquement désuets, c’est facile à comprendre et donc de défavoriser nos clients et partenaires revient à une déstabilisation de notre balance commerciale à terme qui ne leur ferait pas plaisir.

Une monnaie faible est un affaiblissement de l’économie

Non, une monnaie faible n’est pas un avantage. Ce qu’Asselineau soutient, consistant à récupérer le franc pour le dévaluer, a été pratiqué tout au long des années 70 après la crise pétrolière et la fin des Trente glorieuses, jusqu’en 86, année de la première cohabitation où la droite revenue au pouvoir s’est opposée à la Loi de Finance, interdisant d’emprunter à la BdF, ce qui a divisé cette année-là l’inflation par 5. Pour se financer, l’Etat a emprunté massivement durant ces quinze ans à la Banque de France, engendrant une inflation de 10% et une dévaluation du Franc de plus de 80%.

…Ca n’a pas résolu le chômage, ça a mis l’économie française en péril au point que Mitterrand s’est retrouvé contraint à presser Helmut Kohl d’introduire la monnaie unique pour permettre à la France de remplacer sa monnaie de singe que plus personne ne voulait, ce qui obligeait le pays d’acheter massivement du dollar pour couvrir ses échanges internationaux et compenser la déliquescence de sa monnaie, les spéculateurs ne se gênant alors pas de spéculer sur ses achats massifs de dollars qui venaient encore grever l’économie française déjà en délicatesse.

Sans compter qu’une monnaie faible revient à une dévalorisation des actifs français, autrement dit une richesse nationale moins représentative.

En de telles circonstances, autant dire que les investissements devenant incertains, ils sont en berne, pesant sur le marché et la croissance induisant une perte de confiance sur les marchés qui finit par générer une spirale déflationniste dont il n’est possible de sortir que par la souffrance.

Une monnaie forte, par contre… 

Non, une monnaie faible n’est pas un avantage. Une monnaie forte en revanche, à condition de se limiter aux productions à forte valeur ajoutée, offre l’avantage d’un pouvoir d’achat élevé, donc un haut niveau de consommation et l’industrie haut-de-gamme n’est que peu influencée par le niveau de la monnaie. Louis Vuitton n’a jamais aussi bien marché qu’avec un euro au sommet et ce n’est pas parce qu’il est plus bas que ça marche mieux.

L’exemple d’Airbus est pertinent… tant que les matières premières qui servent à la construction des avions est en stock ou provient de la ZE. La structure même de l’entreprise fait qu’il y a en permanence un certain nombre de carlingues, de voilures, de moteurs, d’équipements en cours de câblage qui se baladent un peu partout en Europe, ce qui offre une capacité de production de plusieurs dizaines d’avions sans faire appel à de nouvelles importations. Lorsque ce ne sera plus le cas, on va découvrir la réalité des coûts des matières premières nécessaires à la construction d’un avion.

A terme, ce sera même pire

si nous sommes gagnants AUJOURD’HUI à l’export c’est donc exclusivement en raison de l’effet de stock. Les produits que nous exportons sont vendus avec un euro faible alors que les matières premières qui ont servi à les produire l’ont été avec un euro fort.
 
Mais une fois les matières premières achetées avec l’euro fort auront été épuisées, il faudra les acheter avec un euro faible, donc plus cher et il faudra monter les prix.
 
PIRE, le jour où l’euro remontera, il faudra vendre moins cher des produits qui auront coûté plus cher à produire en raison de l’achat plus cher des matières premières à cause de l’Euro faible.

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