Pourquoi travailler absolument au lieu d’avoir des activités intelligentes ?

RTL pose la question : « a-t-on besoin de travailler ? », dans une excellente émission. Et la question est pertinente, parce qu’il est considéré que celui qui ne travaille pas est un oisif. Ne pas avoir d’emploi, une malédiction. Alors que c’est le travail, d’avoir un emploi, qui est une malédiction. Avoir un emploi, c’est faire la vie d’un autre pendant qu’il décide de la nôtre, c’est laisser quelqu’un d’autre s’occuper de nos affaires pendant qu’on est trop occupé à travailler. C’est s’interdire toutes les opportunités en les laissant à un autre. Dans la vie on travaille ou on gagne de l’argent, mais on a pas le temps de faire les deux.
Et là, ma foi, c’est la meilleure synthèse que j’aie entendue sur le sujet

Je viens d’écouter l’émission (disons « les missions », puisque je me suis donné comme contrainte de l’entendre, mais ça n’avait rien d’un tripalium) en replay .
 
Je pense qu’il faudrait plus préciser que le « travail » tel que nous le connaissons date véritablement de la révolution industrielle. Avant elle, nous vaquions à nos occupations, chacun avait des choses minimales à faire pour assurer sa propre survie et la survie de la société, en fonction de son rang, de sa position, de sa culture.
 
Avec la révolution industrielle, il est introduit quelque chose de nouveau qui est le lien de subordination visant à se substituer à l’automation. Les machines permettent une production de masse de plus en plus conséquente, mais la technologie ne permettant pas qu’elles le fassent seules il faut bien que quelqu’un le fasse. C’est un esclave ou un membre de sa propre société. L’esclavage ayant été aboli, la question ne se pose donc pas et la société va devoir trouver les forces en son propre sein.
 
L’exode rural

Comme les machines concernent aussi l’agriculture et désoeuvrent des masses de campagnards, ils n’ont pas d’autre choix que de monter à la ville pour trouver du travail pour survivre où là il recoivent un salaire, alors qu’auparavant ils « gagnaient leur vie ». Dans les campagnes, ils travaillaient dans les fermes et ils y vivaient chichement, mais au sein de la famille. Ils travaillaient pour gagner le droit de vivre sur la ferme. Contre de quoi manger, de quoi dormir et, occasionnellement, un peu d’argent, qui était rare dans les fermes à l’époque.

 
Les fermes voyant leur productivité exploser grâce aux machines, la moissonneuse-batteuse, la faucheuse (même tirée par un cheval, que j’ai connue et utilisée. Avec le cheval, j’ai labouré, arraché/semé les patates, fauché, endainé, etc. ), les désœuvrés se retrouvent libres et en ville, la différence d’avec la campagne, c’est qu’on leur donne un salaire avec lequel ils doivent se débrouiller pour habiter et se nourrir.
 
Finalement, l’Homme devient l’assistant de la machine, il est réduit au rang de machine-outil autonome.
L’autonomie
 
Et tout réside dans ce terme « d’autonome », parce qu’aujourd’hui, avec l’automatisation des machines, elles deviennent autonomes et n’ont donc plus d’un cerveau pour les contrôler, elles s’autocontrôlent et donc se repose la question du désœuvrement de l’Homme.
 
En réalité, notre société découvre, désabusée, que le travail est une absurdité en soi. Il était simplement inévitable avec la révolution industrielle, qui offrait enfin la possibilité de créer massivement de la richesse pour qu’elle puisse profiter à tous à terme. Comme la technologie ne le permettait pas, il fallait que tout le monde s’y mette. Mais aujourd’hui, cette richesse a été créée, elle a largement bénéficié à tous et l’automatisation des machines fait partie de cette richesse puisqu’elle va libérer l’Homme du travail comme la richesse l’a libéré de la maladie, lui doublant son espérance de vie en très peu de temps ou de l’inculture, en le faisant passer de fruste à éduqué, faisant exploser les capacités cognitives moyennes au cours du XXème siècle.
L’activité = la fonction utile
 
La question du travail ne se pose donc en réalité pas, c’est là que le travail est absurde, mais il s’agit de la FONCTION de l’individu au sein de la société, de son UTILITE. Ce n’est pas parce qu’on a pas d’emploi qu’on est inutile. L’oisiveté fait peur, mais en réalité, ce sont les « oisifs » qui sont les plus productifs dans la société, c’est eux qui la font progresser, qui sont à l’origine de la culture ou même de l’information. Comme le disait le professeur Jacquard, les journalistes, ça ne travaille pas, ça a des activités. Il disait que lui-même ne travaillait pas, il avait des activités intellectuelles, il se rendait utile à la société. Alors qu’un ouvrier n’est pas utile à la Société, mais juste à l’entreprise pour laquelle il travaille si tant est qu’elle ne puisse pas s’organiser pour s’en passer. Qu’une entreprise ne s’organise pas pour s’automatiser dans le but de générer de l’emploi, c’est d’une absurdité sans nom, contraire à la naturalité humaine historique et/morale. C’est un gaspillage, alors que l’humain pourrait servir à des tâches moins futiles et plus constructives, on le dilapide en l’exploitant comme machine-outil.
 
Lorsqu’une tâche réalisée par un Homme pourrait être automatisée, finalement, cet individu n’est rien d’autre qu’un parasite qui vit aux crochets de l’entreprise qui le salarie en prenant la place d’un robot plutôt que de se rendre utile à la Société. La technologie permet aujourd’hui l’automatisation, elle doit le faire. C’est son avenir, son devenir, afin de permettre à l’Homme de continuer sa voie sur le chemin de l’Evolution. C’est toute la force de la révolution numérique ou digitale qui offre toute possibilité à l’Homme d’avoir des activités contributives, sociétales, au lieu de purement mécaniques dans une condition de subordination.
La transition sociétale
 
La révolution industrielle de la vapeur a fait du paysan fruste et inculte un ouvrier. La seconde révolution industrielle du pétrole et de l’électricité à fait de cet ouvrier un citoyen soigné, éduqué, qui vote. La troisième révolution industrielle du numérique aurait fort logiquement dû faire de ce citoyen un acteur du développement sociétal alors que la quatrième révolution industrielle dans laquelle nous entrons en ferons un contributeur direct de l’économie au travers de l’intelligence collective et la cinquième, qui arrivera à la moitié du siècle en fera enfin une entité distincte de l’outil de production. Ce qui est le but recherché depuis la nuit des temps.
 
C’est la transition sociétale, dont nous entendons de plus en plus parler.
 
Le XIXème siècle a été celui de la puissance, grâce à l’avènement des machines.
 
Le XXème siècle a été celui de la croissance, grâce l’exploitation des machines.
 
Le XXIème siècle sera celui de l’intelligence, grâce à l’automatisation des machines.

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