Snapchat, Airbnb, Twitter, Facebook…le règne de la fausse monnaie

La monnaie émise avec la révolution numérique n’a plus de consistance. L’essentiel de la masse monétaire est aujourd’hui tout bonnement de la fausse monnaie, non couverte par de la richesse.

Facebook, Twitter, Snapchat, Airbnb, toutes ces entreprises de la révolution numérique ne sont pas de la richesse, mais des valeurs, volatiles, momentanées, provisoires, même.


A l’origine de la monnaie était la valeur

Très tôt l’homme a appris à commercer, bien avant même de connaître le langage. L’image que nous avons du troc est en réalité dilatoire, cela ne s’est jamais produit. Plus exactement le troc a toujours existé, il existe d’ailleurs toujours, mais il n’a jamais été à la base de l’économie.

Dès l’origine l’homme a inventé la monnaie, même si à l’origine sa valeur était empirique. On accordait à un type de coquillage, ou de cailloux une valeur, d’entente coutumière entre tous les concernés.

A ce moment-là la notion même de création monétaire n’existait pas, on récoltait ce qu’on trouvait et la « masse monétaire » augmentait.

Plus tard, la matière était toujours fruste, mais la valeur plus concrète, avec l’introduction de la poterie ou de pièces de monnaie en pierre sculptée, qui introduisait une notion de richesse au travers du travail nécessaire pour les réaliser.

Par la suite, la monnaie devient une richesse

Avec l’évolution et le développement des techniques minières, l’invention du feu, la découverte des métaux, apparaissent les premières pièces en matière noble, du Cuivre, de l’Etain, du Bronze, puis de l’Or, de l’Argent. A ce moment-là, la valeur faciale d’une pièce est équivalente à son poids métal.

C’est pratique, parce que les rois, en cas de crise, pratiquent le grattage, on use chaque pièce de manière imperceptible, ce qui permet de récupérer de la matière, qu’on fond et qui redonne de nouvelles pièces. C’est l’ancêtre de l’inflation.

Les pièces sont lourdes…et dangereuses

De se déplacer avec une certaine somme devient dangereux. Comme les pièces sont lourdes, il faut les transporter avec un véhicule dans de solides coffres, qui suscitent les convoitises des bandits de grand chemin. D’autant que puisque la valeur faciale de la pièce repose sur son poids en matière, si on les vole, il suffit de les fondre pour en réaliser de nouvelles, ni vu ni connu. Et bon nombre de bandits de grand chemin sont en réalité des corsaires du seigneur local qui utilise ce moyen pour se développe et ruiner son concurrent.

Tracer la route devient terriblement périlleux et le moindre déplacement implique un convoi, avec de plus en plus de soldats pour le protéger au fur et à mesure que les bandes sont de mieux en mieux organisées et nombreuses.

Alors, la monnaie devient du papier

Pour répondre au problème, quelques-uns ont l’idée simple et géniale de donner une lettre de créance au voyageur. Sur présentation de sa lettre de créance à son arrivée à sa destination à un banquier, ce dernier lui remet l’équivalent de la somme moins sa commission ou la fraction qui lui est nécessaire pour assurer son séjour et une nouvelle lettre de créance.

Comme il suffit de l’écrire, qu’il n’est plus nécessaire de disposer de la richesse physique pour en signer une, les banquiers n’hésitent plus à en signer sur la base de la confiance, inventant du même coup la notion de crédit et donc de création monétaire, puisque grâce à cette fonction ils peuvent faire circuler plus d’argent qu’il n’en existe en réalité, ce qui permet d’accélérer les investissements en rendant la monnaie plus abondante.

Les lettres de créance ne sont toutefois pas très fiables. Si on les perd, on perd tout en même temps, pas très pratique à une époque où le fax n’existe pas pour s’en faire envoyer une nouvelle par son banquier à l’autre bout du pays. Sans compter que le banquier n’a aucun moyen de savoir si le bénéficiaire n’aurait pas déjà encaissé une fois avec la précédente, avant d’en redemander une nouvelle.

De plus elles ne sont pas très pratiques. Intransmissibles, on ne peut pas payer avec et, de toute façon, on ne peut pas les fractionner.

De la lettre au billet

Alors on émet des billets qui ont une valeur faciale fixe, ils représentent l’équivalent d’un certain nombre de pièces de métal noble. Dès lors, les pièces, quand à elles, n’ont plus besoin d’être en Or ou en Argent, on peut les réaliser dans un métal de moindre valeur qu’il ne servirait pas à grand-chose de fondre et ainsi produire des pièces qui représentent une fraction de la valeur d’un billet.

C’est pratique, parce qu’alors la monnaie devient transmissible, elle n’empêche pas l’utilisation de lettres de créance, le danger est moindre de se faire attaquer parce qu’on transporte de l’Or.

A cette époque, la monnaie est encore garantie par une richesse matérielle, le métal qui servait à fondre les pièces se trouvant à l’abri dans des coffres. Et chaque billet en circulation est présumé représenter un équivalent se trouvant quelque part dans un coffre. Un système qui permet l’accélération du crédit, puisque alors un banquier peut prêter à n’importe qui, même un roturier, sans mettre son nom en cause. Une lettre de créance le rend responsable personnellement du crédit, de prêter des billets anonymes ne l’implique pas du tout. Et, à la limite, si le débiteur ne rembourse pas, il suffira de réimprimer des billets, ni vu ni connu, puisque personne ne sait exactement combien il y en a en circulation.

A ce moment-là la base de la monnaie est toujours la richesse physique de l’Or

La fin de l’étalon-Or

Le problème essentiel de l’étalon-Or est que les nations doivent être doublement riches. Pour émettre de la monnaie elles doivent posséder de l’Or, qu’il faut acheter. D’acheter de l’Or empêche d’investir dans les infrastructures et développer la richesse matérielle du pays. Vous bâtissez des écoles, ou vous achetez de l’Or, mais l’argent, ça pousse pas sur les arbres.

Or (sans jeu de mot), la technologie ayant engendré la Révolution Industrielle les besoins en investissement explosent. Si les États vendent de l’Or pour investir, ils ne peuvent plus émettre la monnaie qui y correspond puisqu’ils n’ont plus l’Or pour le garantir. Et là il devient difficile de flouer le monde. Des inventaires existent depuis longtemps, relativement précis, et un Etat qui vend son Or est immédiatement considéré comme ayant moins de couverture, sa monnaie se dévalue alors sur les marchés.

…On abandonne donc l’étalon-Or, tout simplement! Ca signifie qu’à partir de ce point de l’évolution économique, chaque billet, chaque pièce, en circulation est censée représenter une fraction de la valeur perçue par les marchés de la richesse nationale. La monnaie relève alors de la confiance. Un pays en qui on a moins confiance devient immédiatement moins riche. Mais le simple fait d’être plus crédible pour une raison ou pour une autre le rend immédiatement plus riche, sans rien faire de plus que d’assurer cette crédibilité.

Quoi qu’il en soit, derrière chaque pièce, derrière chaque billet, il y a en contrepartie un pays qui, quelle que soit sa valeur perçue par les marchés, représente bel et bien une vraie richesse. Il est d’abord matériel, quantifiable, avec des immeubles, des infrastructures, un système productif, et aussi immatériel, avec sa culture, ses œuvres d’art, son système social, son savoir-faire.

Depuis 30 ans, c’est fini, la monnaie ne vaut plus rien

Progressivement, avec la financiarisation de l’économie en conséquence directe de la fin des Trente Glorieuses, de plus en plus de masse monétaire repose sur de la spéculation financière. Les banques créent ex nihilo la monnaie pour émettre du crédit qui au lieu de servir à un investissement concret ne sert qu’à acheter des valeurs sur les marchés dont la seule richesse qu’elles représentent c’est à la revente le bénéfice que son heureux vendeur empoche directement.

C’est très grave, parce que si on prend une action quelconque, elle monte, elle est achetée, revendue, achetée, revendue, elle continue de monter, elle est achetée, revendue..elle enrichit donc tout une série de profiteurs du système qui sont complètement non productifs puisqu’il ne s’agit pas d’actions qui servent à financer une entreprise, elles sont autonomes dans un système où elles ne font que s’échanger.

Certaines, réputées plus fiables que d’autres bénéficient d’une attention particulière et on se les échanges que dans le but de les faire monter et ainsi de s’enrichir parmi. On achète ces actions, on les revend. Pour les acheter, l’acheteur emprunte à la banque qui crée de la monnaie ex nihilo, il achète ces actions, qui montent puisqu’elles ont trouvé preneur, il les revend alors puis rembourse la banque avant de recommencer.

Ainsi, la masse monétaire enfle, sur la seule base de la montée artificielle d’une action qui s’enflamme…jusqu’au crash! Parce que vient un moment donné où l’on s’aperçoit que la valeur de cette action est sans aucune corrélation avec la valeur réelle des actifs qu’elle est censée avoir financé. Alors plus personne n’en veut et elle s’effondre.

…Mais ceux qui se sont enrichis à se l’échanger à tours de bras conservent évidemment l’argent issu des bénéfices de leurs transactions. La masse monétaire a augmenté sur la base de cette valeur, mais elle n’a pas diminué en conséquence de la disparition de cette valeur. La monnaie existante à donc moins de valeur unitaire, puisqu’elle n’est pas couverte par une richesse.

Avec la révolution numérique c’est encore pire!

Loin de se calmer, le système s’amplifie sans cesse. Alors même que la masse monétaire gonflait sur la base d’une spéculation sur les actions, sans réelle contrepartie, toujours, au moins, ces actions représentaient-elles des richesses, des entreprises qui avaient de vrais actifs. Une entreprise comme Ford possède des usines, des immeubles, des clients qui possèdent des voitures Ford, qui sont réparées dans des réseaux de concessionnaires. L’entreprise est physique, matérielle. Il y a des machines, des biens, vendables, même à perte.

Mais la Révolution numérique change la donne. Facebook est valorisé  sur les marchés deux fois plus que Ford. Ford vaut environ 45 milliards, ce qui est gigantesque, bien sûr…mais Facebook aussi!

Mais Facebook, c’est quoi? Où sont les actifs en contrepartie de la monnaie émise pour acheter ses actions? Quelques serveurs, quelques bureaux, une infinitésimale fraction de sa valeur boursière. L’entreprise et cotée 80 milliards et n’en vaut probablement guère plus d’un, à la rigueur deux. Ce qui signifie que les 80 milliards de valorisation ne sont pas une richesse, puisqu’ils sont sans valeur.

Airbnb vaut presque l’équivalent de la chaîne d’hôtels Hilton, rien que ça. 25 milliards, sans aucun actif ou presque, au plus quelques bureaux et quelques ordinateurs, peut-être un ou deux serveurs centraux, probablement quelques centaines de millions, mais c’est tout.

Airbnb comme Facebook, c’est 98% de vent! De la fausse monnaie, ni plus ni moins. Et c’est pareil que Twitter, Snapchat, Instagram, etc… juste des suites de O et de 1 sur un serveur quelque part. Il suffit qu’un autre concept émerge, l’actuel ne marche plus, on formate le disque dur…terminé, voilà des dizaines de milliards envolés en fumée.

De fait, la masse monétaire aujourd’hui ne sert plus qu’à hauteur de 10% à l’investissement, le reste, c’est de la spéculation, de la fausse monnaie, tout simplement.

La masse monétaire visible s’élève à environ 70’000 milliards, dont seuls 7’000 milliards représentent une contrepartie tangible, c’est affolant. Et le pire c’est qu’on a presque autant que cette somme qui dort sur des comptes cachés, le « shadow banking », sans aucune valeur concrète, mais avec lesquels, si on en prend une partie, on peut bel et bien acheter quelque chose.

Aujourd’hui, nous faisons nos achats avec de la fausse monnaie…ce monde si riche n’a jamais été aussi pauvre et aussi proche de se retrouver à notre premier paragraphe, dans une splendide et ruineuse épanadiplose.

Une économie archaïque anachronique

C’est la base même du libéralisme financier. Mais c’était un système valide alors que les valeurs étaient concrètes. Si une entreprise faisait faillite après une décote à 0, elle possédait des actifs et on pouvait la démanteler, pour la refinancer et la relancer ou la faire disparaître pour récupérer le marché. Ce n’était alors pas la société elle-même qui représentait la contre-valeur monétaire, mais ses actifs. Son capital n’était qu’un élément modulateur de cette contre-valeur. Mais lorsqu’une entreprise comme Ford prenait 20% on parlait d’explosion. Donc la surcote n’atteignait même jamais la valeur des actifs. 

Alors qu’avec Apple, par exemple, pour choisir le plus grand, les actifs sont infinitésimaux en regard de sa valeur boursière. Si Apple se plante, c’est 600 milliards qui partent en fumée, rien que pour Apple, sans parler des conséquences de la contamination, ses actifs valent combien, 5 milliards, 10 milliards? C’est juste ridicule. 

Dans le cas d’une marque comme Ford, ses actifs sont une valeur et la surcote ne dépasse pas quelque chose comme 20 milliards. Si la marque coule…bôf, la perte est raisonnable. Les actifs valent 25 milliards, la marque vaut 45 milliards.

Donc à un moment donné il faut admettre que l’économie a évolué que la révolution numérique rapporte surtout aux spéculateurs qui ne sont pas contraints par des actifs ni des frontières avec Internet.

C’est une fois de plus la conséquence d’un système fiscal et économique réalisé au XXème siècle pour le consumérisme où le support de la valeur était le gigantisme industriel.

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