Sommes-nous des machines ?

L’incroyable conséquence de la maîtrise de sa vie par les données qu’il a pourtant lui-même organisées et qui lui ont échappé jusqu’à en perdre le contrôle de Chris Dancy me force une pensée, brutale, immorale, terrifiante, mais dont j’ai le pressentiment qu’elle est évidente. 


L’interconnexion nous concerne tous

Après tout, à une bien plus petite échelle, je perçois distinctement l’évolution dans ma vie depuis ces 10 dernières années où je suis de plus en plus interconnecté, bien plus que je ne l’accepterais spontanément, moi qui était encore réfractaire il y a peu. 

Finalement, ce monde de données m’absorbe quelque peu moi aussi, il m’ingère plus qu’il ne me digère et ma volonté de maîtriser ces donnes influe sur ma vie au quotidien, mais de manière si inconsciente que je dois y réfléchir pour en saisir l’ampleur, tenter d’imaginer ma vie si ça n’avait pas été le cas.

Chris Dancy, lui, l’a fait consciemment en poussant cette fatalité à l’extrême préférant la contrôler que la subir.  Voilà qui donne une petite idée de l’influence du transhumanisme par l’interconnexion des individus dans un vaste système de données. 

Le cerveau n’est qu’un système synaptique dans un réseau neuronal

Finalement, le cerveau n’est qu’un ordinateur dont l’OS peut être reprogrammé à l’infini. Lui a eu le contrôle de ses données, puisque c’est lui qui a mis en place ce système, mais le Big Data, auquel nous serons tous un jour connecté, qui le contrôlera? Nous craignons que l’intelligence artificielle prenne le contrôle mais ça c’est à la condition que l’intelligence reste individuelle.  

…Et s’il s’avérait que l’humanité s’avance vers une intelligence collective au sens littéral du terme? Qu’il n’existe plus qu’une seule intelligence, mondiale, universelle, où tout un chacun est connecté. 

Si on se donne la peine d’y penser, aujourd’hui, l’IA trouve sa source dans des réseaux neuronaux de deep learning. A l’occasion de divers évenements qui ne sont que des exhibitions, ces réseaux s’interconnectent entre eux pour se cumuler. 

Des androïdes à intelligence individuelle ? 

A terme, qui peut croire que chaque robot aura sa propre IA? En réalité, tous seront interconnectés à un gigantesque réseau mondial dont chacun sera une particule et les humains, en s’augmentant, s’y connecteront à leur tour. Chaque personnalité devenant un profil individualisé, profitant à tous, mais ne bénéficiant qu’à son utilisateur, comme aujourd’hui un mur Facebook. La chose pourrait sembler logique puisque, finalement, ce que craint l’humanité par-dessus tout c’est précisément l’individuation des robots. Qu’un robot puisse devenir totalement autonome et suffisamment intelligent pour devenir, par exemple, un criminel. 

Technologiquement, il est beaucoup plus simple d’interconnecter un petit ordinateur dans la tête d’un robot via une connexion sans fil que d’y introduire un ordinateur suffisamment puissant pour lui permettre d’installer l’intégralité de son intelligence. C’est plus compliqué, plus lourd, plus gourmand en énergie et absurde, puisqu’étant interconnecté il a de toute façon accès à toute la connaissance en permanence, pourquoi l’embarquer?

Le cloud n’est-il pas la preuve que nos données se déportent, se collectent, se mélangent, se dispersent ? Lorsque nous faisons appel à Siri, Cortana, Google, vocalement, ce n’est pas notre terminal qui traduit nos paroles, mais notre assistant virtuel qui envoie le fichier à son serveur, qui le traduit et le renvoie vers nous. La « conscience » de notre ordinateur ne se trouve déjà plus dans notre ordinateur, qui ne contient plus que les données de base, inutiles sans celles qui sont dispersées dans le vaste espace Internet.

Une société plus consciente

Une société sans règles, sans lois, sans crimes, la démocratie absolue, inconsciente où la diversité ne se retrouve plus que dans l’unicité. L’Homme qui, inconsciemment, après avoir reproduit dans l’ordinateur le fonctionnement de son propre cerveau se mettrait-il à organiser la société comme la physique quantique ?

Moralement, une perspective qui n’a rien de réjouissante… mais comme ceux qui la vivraient n’y verraient rien, ce serait leur vie, elle n’a finalement rien d’absurde et est même plausible, puisqu’il est quand même beaucoup plus facile d’installer les cerveaux des machines dans l’Ether que dans leur tête. 

Sommes-nous si autonomes? 

D’ailleurs, nous-mêmes, qui dit que nos consciences sont individuelles? Les Super Cordes nous apprennent autre chose, que chaque atome, chaque particule de l’Univers est interconnectée avec toutes les autres. Ce que les croyants appellent « l’âme », qui est la cause de toutes les croyances qui ne sont peut-être que la conséquence de la vision inconsciente de cette interconnexion? 

Et, dans ce cas, ce schéma devient plausible, puisque l’Homme porterait en lui ou à devers lui, l’inconscience de son fonctionnement, qu’il a reproduit — grossièrement — dans les ordinateurs et cherche à reproduire sa conscience par Internet qui, à terme, mènerait à la conscience universelle ? 

Une société qui, finalement, se retrouverait moins « machinisée » que ce qui est envisagé aujourd’hui où l’Homme biologique serait toujours l’entité de référence mais où seule la conscience serait systématisée, faisant de l’Humanité un tout moral ? 

Vision d’une possibilité ou simple confortable biais cognitif visant à censément résoudre les problèmes de notre société préhistorique ?

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