Madame Adonis ne fera pas la route de Compostelle mais elle a fait souvent
les sentiers de Claude et François Morenas, elle a même balisé avec le père François et un groupe d 'ajistes motivés

superbe période des jeunesses des auberges…
https://terre-luberon.org/magazine/coup ... s-morenas/
"Créateurs de sentiers et poètes de la randonnée avant l’heure.
François et Claude Morenas ont entrepris dans les années 60 d’offrir aux randonneurs exigeants ou novices, d’innombrables et magnifiques itinéraires de promenade, ouverts avec minutie, taillés à la pioche et débroussaillés à la main, de manière bénévole et vraiment enchantée, dans tout le Luberon. Ils en ont édité une série de petits guides, nous avons retrouvé l’un d’eux et nous vous le proposons à la lecture.
Avec le temps, ces plus de 1000 km de sentiers ont souvent disparu, la nature ayant repris ses droits, leur entretien et balisage ayant cessé et la carte des propriétés privées ayant évolué.
François Morenas avait ouvert son auberge de jeunesse « Regain » à Saignon et possédait « un véritable don pour trouver et créer des sentiers, pour dénicher les bons endroits où il n’y avait pratiquement pas d’itinéraire à l’époque, comme nous le dit sa fille Frédérique. « Il fallait d’abord détecter, puis baliser à la peinture et au pinceau et enfin écrire sur le parcours pédestre proposé ». Il écrivait avec sa femme, Claude, artiste peintre, qui dessinait à la main les charmantes cartes des itinéraires.
Un savoir-faire unique, un altruisme et un talent pour parler du Luberon et de toute sa nature. Beaucoup plus qu’un guide ou une succession de repères topographiques, c’est une sensibilité généreuse, une poésie et une invitation à une promenade consciente et concernée. Dans sa préface, Giono, «émerveillé » par « les choix, la science et la connaissance » des deux auteurs, les présentait comme des « explorateurs ». Si les sentiers n’existent plus, il faut lire ce guide pour le plaisir, il vous redira qu’il faut écouter, sentir, observer, ne pas aller au plus rapide, respecter, il vous racontera milles anecdotes historiques, il vous proposera d’être curieux de tout. à suivre
et pour la route…
un texte de Marcel Pagnol
Après le déjeuner, lorsque le soleil africain tombe en pluie de feu sur l’herbe mourante, on nous forçait à nous « reposer » une heure à l’ombre du figuier, sur ces fauteuils pliants nommés « transatlantiques » qu’il est difficile d’ouvrir correctement, qui pincent cruellement les doigts, et qui s’effondrent parfois sous le dormeur stupéfait.
Ce repos nous était une torture, et mon père, grand pédagogue, c'est-à-dire doreur de pilules, nous le fit accepter en nous apportant quelques volumes de Fenimore Cooper et de Gustave Aymard.
Le petit Paul, les yeux tout grands, la bouche entrouverte, m’écouta lire à voix haute le Dernier des Mohicans. Ce fut pour nous la révélation, confirmée par le Chercheur de pistes : nous étions des indiens, des fils de la forêt, chasseurs de bisons, tueurs de grizzlys, étrangleurs de serpents-boas, et scalpeurs de Visages Pâles.
Ma mère accepta de coudre – sans savoir pourquoi – un vieux tapis de table à une couverture trouée, et nous dressâmes notre wigwam dans le coin le plus sauvage du jardin.
J’avais un arc véritable, venu tout droit du nouveau monde en passant par la boutique du brocanteur. Je fabriquai des flèches avec des roseaux, et, caché dans les broussailles, je les tirais férocement contre la porte des cabinets, constitués par une sorte de guérite au bout de l’allée. Puis, je volai le couteau « pointu » dans le tiroir de la cuisine : je le tenais par la lame, entre le pouce et l’index (à la façon des indiens Comanches) et je le lançais de toutes mes forces contre le tronc d’un pin, tandis que Paul émettait un sifflement aigu, qui en faisait une arme redoutable.
Cependant nous comprîmes que la guerre étant le seul jeu vraiment intéressant, nous ne pouvions pas appartenir à la même tribu.
Je restais donc Comanche, mais il devint Pawnie, ce qui me permit de le scalper plusieurs fois par jour. En échange, vers le soir, il me tuait, avec un tomahawk de carton, et fuyait ensuite à toutes jambes, car j’excellais dans les agonies.
Des coiffures de plumes, composées par ma mère et ma tante, et des peintures de guerre faites avec de la colle, de la confiture et de la poudre de craie de couleur, achevèrent de donner à cette vie indienne une réalité obsédante.
Parfois, les deux tribus ennemies enterraient la hache de guerre, et s’unissaient pour la lutte contre les Visages Pâles, les farouches yankees venus du Nord. Nous suivions des pistes imaginaires, marchant courbés dans les hautes herbes, attentifs aux empreintes invisibles, et j’examinais d’un air farouche un fil de laine accroché à l’aigrette d’or d’un fenouil. Quand la piste se dédoublait, nous nous séparions en silence… De temps à autre, pour maintenir la liaison, je lançais le cri de l’oiseau moqueur, - et « si parfaitement imité que sa femelle s’y fût trompée » - et Paul me répondait par « l’aboiement rauque du coyote », parfaitement imité lui aussi : mais imité – faute de coyote - de celui du chien de la boulangère, un roquet galeux qui attaquait parfois nos fonds de culotte.
Le luberon est vraiment une terre à part, inspirante et que l'on ne peut oublier malgré les années .La vie m'a conduit sur d'autres terres qui ressemblaient à la Provence , en Grèce en particulier et cela a coupé mon élan vers cette Provence qui restera pour moi le plus beau coin du monde
Voilà encore un blog magnifique :
https://randoblogvillelaure.blogspot.com/p/luberon.html à suivre